A.S. Cette charte a été rédigée lors du mandat 2019-2020. Elle peut être modifiée avec l’approbation du C.A. L’initiative de la modifier appartient à toute personne du comité.
Le comité de 2019-2020 s’est soumis à l’exercice d’interroger les dynamiques du cercle par rapport au genre. À la suite d’un travail d’analyse, de réflexion et d’autocritique au sein du comité nous avons remarqué divers éléments traduisant selon nous la nécessité d’établir cette charte.
De la sous-représentation des femmes au sein des comités
Depuis sa création en 1928, le cercle du Libre examen est une affaire d’hommes[1]. Si l’approche historique, révélant la faible présence de femmes à l’ULB, expliquait l’importante représentation des hommes au sein du Cercle à ses prémices, il en est autrement aujourd’hui. Désormais, les femmes représentent plus de la moitié de la communauté étudiante (60%), proportion que nous sommes loin de retrouver dans le conseil d’administration du Librex. En effet, la proportion de femmes au sein du comité est en moyenne de 31 % seulement au cours des huit derniers mandats[2]. Le comité actuel n’est composé que de 25% de femmes. En ce qui concerne le bureau, la proportion de femmes en son sein est, en moyenne, de 29% au cours des cinq
derniers mandats, deux bureaux ayant été composés paritairement[3]. La proportion actuelle est de 0%, le bureau étant exclusivement composé d’hommes.
Par ailleurs, il résulte de la sous-représentation des femmes au sein du comité que les décisions du C.A., prises à la majorité simple, ne sont pas représentatives de l’avis des femmes. Ceci pose particulièrement problème lorsque sont abordés des sujets concernant directement les femmes.
De la répartition de la parole
Il est ressorti du travail d’analyse que la parole est inéquitablement distribuée au cours des réunions hebdomadaires. Ceci s’explique d’une part par la surreprésentation des hommes lors des réunions, d’autre part, par l’accaparement de la parole par certains hommes. Il apparaît que les femmes doivent multiplier les efforts pour ne pas voir leur parole dévalorisée. Leur discours a tendance à être naturellement discrédité, écouté avec moins d’attention que celui de leurs collègues masculins. On constate également que les femmes sont plus spontanément interrompues. Il en résulte un impact négatif sur leur spontanéité, l’expression de
leur opinion, mais également sur leur aisance au sein du Cercle.
De la sous-représentation des femmes lors des activités organisées par le cercle
Il est également apparu que le problème ne réside pas uniquement dans la dynamique interne. Rares sont les femmes intervenantes invitées aux toutefois nombreuses activités du cercle. Au cours du mandat 2018-2019, 37 hommes ont été invités en qualité d’intervenants pour des conférences, débats, midi-Librex contre 15 femmes. Durant le premier quadrimestre de l’année 2019- 2020, on comptait 4 femmes intervenantes pour 8 hommes. Enfin, il apparaît que ces problèmes ne sont pas ponctuels, mais chroniques.
Les chiffres ne trompent pas, si semblables d’une année à l’autre, il serait naïf de les réduire à la
contingence. Ils sont le témoin au sein du Cercle d’un climat sociétal hostile aux femmes qu’il est temps d’abolir.
Quel féminisme?
Le Cercle du libre examen ne peut plus faire la sourde oreille : le sexisme ordinaire[4] est présent et bien ancré dans notre cercle. Conscient.e.s que le fait de prôner l’égalité entre femmes et hommes ne fait pas de nous un groupe imperméable aux rapports de domination et que le rayonnement du libre examen est incompatible avec le sexisme, nous désirons marquer une rupture avec ce système.
Nous aspirons à un Librex accueillant pour les femmes et dans lequel la parole de chacun.e est valorisée, peu importe le genre de son orateur.trice. Un Librex incorporant l’approche genre dans ses réflexions. Un Librex inclusif. Un Librex conscient que les femmes ne forment pas un groupe homogène, mais qu’au sexisme peuvent venir s’additionner d’autres oppressions systémiques basées notamment sur l’identité de genre, l’orientation sexuelle, le racisme, le handicap, la classe, etc. Un Librex qui n’a pas peur de se remettre en question. Un Librex allié.
Par conséquent, le Cercle du libre examen s’engage, par tous les moyens possibles, à appliquer à l’avenir les mesures suivantes :
I . Quant à l’organisation interne de l’association
Article 1. Lors des réunions de cercle, la parole sera régulée par une personne désignée modérateur.rice. Celle-ci prendra note de la répartition de la parole et en fera régulièrement le point auprès de l’assemblée.
Article 2. Lors des réunions de cercle, et tant que la parité ne sera pas atteinte au sein du comité, les femmes auront la priorité sur la prise de parole.
Article 3. Le tour de parole doit être respecté. Chacun.e veillera à ne pas interrompre la personne ayant la parole. Le ou la modérateur.rice veille au respect de cette règle, il.elle peut prendre des sanctions. Ces sanctions et leurs modalités sont décidées au début du mandat par le comité en exercice.
Article 4. Le bureau doit être composé paritairement. Le C.A. doit être composé d’au moins un tiers de femmes, avec pour objectif la parité. La charge d’assurer cette représentativité pour l’an- née suivante pèse sur le comité en exercice.
Article 5. Des espaces de discussion en mixité choisie (c’est-à-dire de personnes issues d’un ou plusieurs groupes subissant des oppressions, discriminations ou violences systémiques) peuvent être créés chaque année au sein du comité. Ce groupe a un droit d’initiative et peut ajouter des points à l’ordre du jour du C.A. ou de l’A.G. en tant que tels.
Article 6. Le comité veillera spécifiquement à ne pas reproduire une division genrée du travail et à répartir les tâches de gestion quotidienne du Cercle (organisation des réunions, intendance et gestion du local, …) de manière équitable.
II. Quant aux événements publics et à la représentation lors des activités du Cercle
Article 7. Le Cercle entend promouvoir la représentation des personnes invisibilisées. Il promeut l’égalité et la diversité à travers le choix de ses intervenant.e.s.
Article 8. Le Cercle entend promouvoir la meilleure représentation des femmes dans la tenue de ses
activités. À cette fin, les panels d’intervenants exclusivement masculins sont à proscrire. Ils seront mixtes et tendront à la parité, à moins que le sujet traité ne justifie la non-mixité par son approche en matière d’oppressions systémiques.
Article 9. Le Cercle assume sa position d’allié dans l’organisation de ses événements. Lorsque le sujet de l’événement portera sur une forme d’oppression propre à un groupe de la population, il s’associe à une association représentative en vue de l’organisation dudit événement.
Article 10. Le Cercle reconnaît la nécessité de poursuivre sa démarche critique. Il entend s’interroger régulièrement sur les diverses formes d’oppression et de violences existant en son sein.
Article 11. La présente Charte n’a pas vocation à l’immuabilité. Elle entend intégrer les remarques critiques sur l’organisation interne et externe du Cercle par rapport à toutes les formes d’oppression et de violences systémiques ainsi que les mesures adoptées afin d’y répondre.
Article 12. Pour évaluer la diversité de genre parmi les personnes participant aux activités du Cercle, le comité s’engage à produire une statistique de genre au moyen de formulaires d’évaluation de ses activités.
Article 13. Lorsque les activités amènent le public à interagir avec les personnes invitées, le comité prend soin de rappeler et d’appliquer les règles de répartition de la parole. Ainsi, s’il est établi que l’audience comprend une minorité de femmes, celles-ci auront priorité sur la parole, et une personne du comité sera responsable de s’assurer que la parole ne sera pas coupée.
III. Quant à la communication
Article 14. Dans toutes ses communications et ses publications, le cercle veille à respecter les règles de grammaire inclusive.
IV. Quant au respect de la Charte
Article 15. Chaque membre du comité, en ce compris les membres coopté.e.s, devra adhérer à la présente charte dès son entrée en fonction et s’engager à en respecter les principes et dispositions.
Article 16. Chaque membre du comité, en ce compris les membres coopté.e.s, s’engage à entamer un travail de sensibilisation sur les problématiques et impératifs repris dans la présente Charte. Chaque membre du comité, en ce compris les membres coopté.e.s, s’engage à entamer une réflexion sur sa position personnelle relativement à ces sujets.
Article 17. Sera intégrée au bilan moral individuel de mi-mandat et de fin de mandat de chaque membre du comité la position individuelle adoptée vis-à-vis des problématiques et impératifs repris dans la présente Charte.
Article 18. Seront intégrés au bilan moral collectif de mi-mandat et de fin de mandat une évaluation du respect de la présente Charte, un rapport sur la politique interne du Cercle quant aux principes et dispositions s’y trouvant ainsi qu’une appréciation critique de son contenu en vue d’une éventuelle révision.
Article 19 et final. Sera intégré à l’ordre du jour d’une réunion sur trois un point « Genre » dont l’objet sera l’observance du respect des principes et impératifs repris dans cette charte.
[1] À ce sujet, nous renvoyons vers la page Wikipédia dédiée au Cercle : « Liste détaillée des personnalités qui ont marqué l’histoire du Librex : Richard Altenhoff, Jean Burgers, Pierre Deligne, Josy Dubié, Philippe Grollet, Guy Haarscher, Georges Jamin, Claude Javeau, Roger Lallemand, Robert Leclercq, Youra Liv- chitz, Léo Moulin, Chaïm Perelman, Ilya Prigogine, Marc Uyttendaele, André Wendelen, Philippe Close. », soit une écrasante majorité d’hommes.
[2] Statistiques des femmes au conseil d’administration du Cercle : 2019-2020 : 25%, 2018-2019 : 35%,2017-2018 : 23%,
2016-2017 : 36%, 2015-2016 : 24%, 2014-2015 : 17%, 2013-2014 : 45%, 2012-2013 : 41%.
[3] Statistiques des femmes dans le bureau du cercle : 2019-2020 : 0% (4 hommes) , 2018-2019 : 20% ( 1 femme, 4 hommes), 2017-2018 : 50%, 2016-2017 : 50%, 2015-2016 : 25% ( 1 femme, 3 hommes).
[4] Stéréotypes et représentations collectives qui se traduisent par des mots, des gestes, des comportements ou des actes banalisés et ancrés dans notre quotidien qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes.
