Lettre ouverte à l’attention de la communauté estudiantine et des autorités de l’ULB

Cette lettre ouverte n’est pas une incitation à la haine, aucun harcèlement ne sera toléré envers la personne mentionnée.

Le 30 octobre dernier, à l’occasion des élections du Conseil Facultaire de la Faculté Polytechnique et du BEA, Bureau des Etudiant.x.e.s Administrateur.x.ice.s, s’est présenté un candidat au discours des plus inquiétants. Le Cercle du Libre Examen souhaite alerter la communauté étudiante et les autorités de l’ULB sur la dangerosité des propos qui ont été tenus à travers le présent communiqué.

Des rôles de genre

Parmi les nombreuses invectives du candidat, un fil conducteur transparaît nettement : celui d’une ferme opposition au féminisme et à l’égalité des genres, et notamment aux initiatives qui tendent à cet objectif. En effet, qu’il s’agisse du discours porté lors de sa présentation de candidature, ou des propos tenus sur les réseaux sociaux en réponse à des étudiant.x.e.s l’interpellant, sa misogynie y est assumée, comme ici : « Je trouve que les initiatives prises jusqu’à présent vont à l’encontre de l’égalité. WomInTech je trouve que c’est une insulte à l’intelligence des femmes” […] Les femmes vraiment libres n’attendent pas qu’on les promeuve davantage pour s’investir en ingénierie. Je connais des femmes très intelligentes qui n’ont pas attendu qu’on leur tende la perche. […] Toute cette énergie qu’on met à promouvoir l’écriture inclusive, toutes ces choses-là divisent plus qu’elles n’incluent. »

En Belgique, les femmes et autres minorités de genre ont aujourd’hui le droit d’accès à l’enseignement supérieur, au même titre que les hommes. Cependant, l’accès dans les faits n’est pas équivalent pour tous.x.te.s.

En effet, c’est à travers la socialisation que femmes, hommes et minorités de genre sont encouragé.x.e.s à développer des compétences, des valeurs et des traits de personnalité leur permettant de remplir ces rôles sociaux. Ainsi, on peut expliquer les différences sociologiques ou socio-économiques entre genres : les rôles de genre qui leur sont attribués dans la société limitent leurs possibilités d’accéder à d’autres rôles.

Ces rôles de genre, au fur et à mesure de la socialisation de chacun.x.e, engendrent l’adoption de divers traits psychologiques qui influencent la façon dont nous nous positionnons dans la société. Par exemple, le fait que de nombreuses femmes choisissent des études de psychologie est un choix qui peut s’expliquer par la socialisation des femmes dans nos sociétés à être attentives aux autres, à adopter un rôle de care (travail du soin).

Ainsi, les rôles genrés respectifs reflètent l’existence d’un rapport de pouvoir et de domination, renforcé par le sexisme, ainsi que d’autres oppressions. Les diverses institutions qui encadrent notre socialisation, mais aussi les médias, la famille, etc. contribuent de ce fait à intégrer une vision patriarcale des rôles sociaux à adopter. Prétendre l’inverse sous tend à invisibiliser les dynamiques systémiques qui renforcent les stéréotypes de genre.

De l’importance de l’écriture inclusive : des changements systémiques pour un problème systémique

Le langage que nous utilisons pour décrire le monde contribue à établir, légitimer des normes sociales et par la même occasion, se le représenter.
Ainsi, la masculinisation du langage, conséquence de l’androcentrisme (la tendance à penser que le masculin est la norme), construit notre conception de la réalité dès le plus jeune âge. L’écriture inclusive permet d’inclure les personnes sexisées, exclue.x.s de la désignation masculine présentée comme la normalité de notre langage.
C’est pourquoi l’écriture inclusive est un choix politique, le choix de contrer cet androcentrisme parasite, celui de permettre à toute personne de manifester sa réalité dans l’espace social.

De la rhétorique réactionnaire

« Pour plus d’ingénierie et moins de débats sociologiques (inclusivité, etc.) ? »

Rejet de la bien-pensance, du féminisme, de l’écriture inclusive, de la sociologie. Cette rhétorique réactionnaire n’est d’aucune façon originale, la suite s’écrit naturellement : pensée unique, politiquement correct, cancel culture, islamo-gauchisme, wokisme etc. Ces catégories conceptuelles ne sont que des simplifications de la réalité, des conséquences d’oppositions politiques, des tentatives de s’emparer de l’hégémonie culturelle. Elles s’opposent frontalement à une méthodologie rigoureuse qui tente également de décrire le monde humain : la sociologie. Si elle est attaquée, c’est parce qu’elle joue un rôle essentiel dans la compréhension des dynamiques sociales et des inégalités injustes y subsistant. Elle est une menace pour l’idéologie réactionnaire, par la valeur scientifique qu’elle accorde aux luttes sociales, et c’est un choix politique réfléchi de la diffamer, de la mépriser et de l’inférioriser.

L’inférioriser par rapport aux autres sciences, qui, elles, décriraient le réel. L’orchestration de cette fausse opposition est une insulte à l’ULB et à toute université, qui ont comme objectif principal la création de savoir par les méthodes scientifiques propres aux différents champs de la connaissance. L’idéologie réactionnaire divise et plie la réalité aux besoins de son agenda politique, et trahit ainsi la valeur principale de notre Alma Mater qu’est le Libre Examen.

Le danger de cette négation scientifique ne s’arrête pas là, elle va également jusqu’à affirmer que « La non-binarité n’est qu’une mode », qu’ « On parle de moins de 1% de la population […]. Les personnes intersexes sont des anomalies génétiques ne devant pas être normalisées » * . Parler d’ « anomalie génétique » ne doit pas nous empêcher de lire le sous-texte ni de nous tromper sur l’origine de cette terminologie.
appelons une thèse centrale des idéologies fascistes : la racisation des individus et leur hiérarchisation, justifiant l’éradication des « dégénérescents ». Cette négation de leur droit d’exister est progressive et ciblée, ici elle commence par nier la transidentité, refuser de briser les normes binaires; elle nous fait démonstration de sa composante transphobe. Si elle s’exprime en termes cryptiques et adoucis en fonction des périodes, ce n’est que pour mieux s’immiscer dans l’opinion publique et naviguer jusqu’aux moins averti.x.es.

Elle opère ainsi un long et lent glissement en recourant à des arguments spontanés, intuitifs et simplificateurs. Il est facile de se laisser convaincre ou de laisser passer ces thèses si on ne les prend pas au sérieux, si on ne déchiffre pas leurs intentions réelles.

Rares sont les personnes adhérant réellement au fascisme, mais beaucoup sont complaisantes à ses idées déguisées. Nous n’oublierons cependant jamais les atrocités qu’il a engendrées, l’inhumanité qu’il continue de porter.

Du libre examen

Le libre examen, principe fondateur de notre université et de notre cercle, ne peut être utilisé comme passe-droit aux idées fascisantes. Il ne peut être invoqué pour justifier une liberté d’expression sans limites. En effet, ce dernier a pour but la construction d’un esprit critique et indépendant, ainsi que le rejet de l’argument d’autorité et des idées reçues, dans le but de la recherche de l’émancipation contre toute forme de domination.
Ceci ne signifie pas que le doute méthodologique empêche de posséder des convictions, des arguments ou des prises de positions. Au contraire, postuler que toutes les opinions se valent crée un relativisme qui inhibe la possibilité de tout engagement.

A travers l’histoire de l’ULB, le Cercle du Libre Examen s’est érigé contre la montée du fascisme et contre l’oppression faites aux femmes et aux minorités de genre. Suivant cette ligne directrice, nous continuerons de nous opposer à celles et ceux qui, au nom de la liberté d’expression, se permettent d’attaquer les victimes d’oppressions systémiques.

Assurer que ces propos déshumanisants ne puissent se diffuser relève de la responsabilité des autorités de l’ULB, de la même façon qu’il existe un cordon sanitaire dans les médias belges. Permettre à quiconque porteur.x.euse de ce discours de représenter des étudiant.x.e.s est dangereux. Il est impératif que les instances de notre Université se positionnent face à cette candidature. Nous demandons par conséquent la révision des conditions d’élection, mais surtout, une vigilance collective face à la progression des propos fascisants sur notre campus.

Le comité Librex 2022-2023

* Citations directement issues du compte Instagram du candidat aux élections du BEA et au Conseil Facultaire

La maltraitance infantile : quelles conséquences pour notre société ?

Dans notre imaginaire collectif, maltraiter un enfant est un acte « monstrueux », improbable et qui suscite une vive réaction morale. Ce jugement de valeur, découle de l’image symbolique et idyllique que notre société a de l’archétype du parent parfait. Ceux qui aiment leur enfant plus que tout au monde et qui ne pourraient jamais leur faire de mal. Bien qu’on ne puisse pas remettre en question le caractère négatif de la maltraitance infantile. Le jugement moral de ce problème en fait un tabou et nous empêche d’en parler rationnellement. Cela s’explique peut-être par le fait que notre société a encore trop de mal à accueillir la parole des victimes de violences car cela brise la représentation « juste » que l’on se fait de notre monde.

Pourtant, ces dernières années, les choses commencent à bouger. Quatre ans Après #Metoo, #Metooinceste a fait émerger des centaines de témoignages de victimes d’abus sexuels dans la sphère familiale. Ce mouvement a été lancé à la suite de la publication du livre de Camille Kouchner qui accuse son beau-père, Oliver Duhamel, d’avoir abusé sexuellement de son frère jumeau. Son beau-père étant une figure médiatique, en France, cela a provoqué une déflagration dans le pays [1]. On peut espérer que cela aidera à changer les esprits.

Cet article a pour but de produire un éclairage sur le phénomène des maltraitances infantiles, encore trop présentes en Belgique. Il a aussi pour but de montrer que derrière le jugement moral, la maltraitance des enfants n’est pas un problème isolé mais bien systémique qui reflète l’état de notre société.

Un bref état des lieux

Pour commencer, bien que cela semble intuitif, il nous faut définir les maltraitances infantiles. L’Office de la naissance et de l’enfance (ONE), nous donne la définition suivante de l’équipe de SOS Enfant St-Luc « La maltraitance concerne chaque lésion physique ou atteinte mentale, chaque sévice sexuel ou chaque cas de négligence d’un enfant qui n’est pas de nature accidentelle, mais due à l’action ou à l’inaction des parents ou de toute personne exerçant une responsabilité sur l’enfant ou encore d’un tiers, pouvant entraîner des dommages de santé tant physiques que psychiques » [2]. Cependant, l’équipe de SOS enfant nous met en garde : définir les maltraitances infantiles est très difficile. En effet, il existe une grande part de subjectivité. En fonction de l’individu, de son vécu et de sa culture, ce qui est vu comme maltraitance par l’un, ne l’est pas pour autant par un autre.

On peut néanmoins essayer de classer les maltraitances selon plusieurs types : les maltraitances physiques (coups, brulures, syndromes du bébé secoué etc.), les maltraitances psychologiques (humiliations, rejets, menaces, insultes etc.), les maltraitances sexuelles, les maltraitances institutionnelles (maltraitances en internat, famille d’accueil, école), être témoin de violences conjugales, et enfin les négligences (alimentation dangereuse, ne pas donner les médicaments adéquats etc.). Les négligences sont les plus difficiles à établir car elles sont rarement intentionnelles.

En Belgique les données sont récoltées par les équipes de SOS Enfants, l’organisme chargé d’accompagner les enfants et les familles là où il y a présence de maltraitance ou de soupçons. Cependant, ces données ne font état que des signalements recensés qui sont quasi stables depuis plusieurs années. Par exemple, en 2020, SOS Enfant a recensé 6257 signalements dans la fédération Wallonie Bruxelles. Toujours en 2020, parmi ces signalements, 25% sont des maltraitances physiques, 23% sont des maltraitances sexuelles, 20% sont des maltraitances psychologiques, 17% sont des cas de violences conjugales, 11% sont des cas de négligences et enfin seulement 4 cas ont été recensés pour des maltraitances institutionnelles [3]. Mais cela ne reflète pas la réalité, car la majorité des cas ne sont pas signalés. En Belgique, aucune étude de grande envergure n’a permis de déterminer la proportion de gens qui a subi des maltraitances infantiles.

Toutefois, une étude en France peut nous donner un autre ordre de grandeur. Selon une enquête, menée en 2017, par Harris Interactive et commandée par l’ONG l’enfant Bleu [4], 22% des Français déclarent avoir été victimes de maltraitances. Autre donnée intéressante dans le rapport, 79% des répondants déclarent le sujet comme « tabou » et seul 30% estiment que le problème est suffisamment pris en charge par les pouvoirs publics.

La maltraitance, un acte qui met notre système d’attachement à mal

Comme la plupart des mammifères, nous sommes des êtres vivants sociaux qui survivent essentiellement grâce au groupe. Ainsi, quand on arrive au monde, notre seul moyen de survie est notre « caregiver » ou figure d’attachement. Ce mot, anglais à la base, définit la personne qui « prend soin de nous » pendant notre enfance. Cette figure d’attachement est souvent associée à la mère ou au père, mais préférer ce terme permet d’éviter le cliché hétéroparental de notre société.

Reprenons, quand nous naissons, nous sommes sans défense et notre survie dépend de la qualité de nos figures d’attachements. En tant que bébé nous en sommes conscients et nous allons tout faire pour développer le meilleur moyen de créer un lien d’attachement avec eux. C’est cet attachement qui va nous permettre d’avoir un développement sain tout au long de notre enfance [5]. Maintenant, imaginez que ce caregiver, soit simultanément ce qui nous permet de survivre et aussi un danger (maltraitance). Cela s’appelle l’attachement « désorganisé », quand nos figures d’attachements peuvent à la fois répondre à nos besoins et être source de danger. Dans ce schéma d’attachement, le bébé fait face à un comportement contradictoire auquel il ne sait pas comment réagir. Dans son livre « the body keep the score » [6], Dr Van Der Kolk, explique les comportements que cela peut provoquer. Quand la mère rentre dans la pièce, le bébé va discrètement regarder sa figure d’attachement puis rapidement détourner le regard, par peur. Un tel attachement va donner des difficultés pour l’enfant à apprendre à réguler correctement ses émotions et son stress. Par exemple, une étude a montré qu’un adulte qui a vécu un lien parental traumatique et a un attachement désorganisé va avoir tendance à percevoir une caresse comme déplaisante alors qu’un adulte normal va percevoir la caresse comme plaisante [8]. C’est étude nous montre comment nos expériences primaires avec nos parents vont former notre cerveau et la façon dont il perçoit les stimuli extérieurs.

Sans étonnement, à l’âge adulte, la population qui a été victime de maltraitance infantile a plus de risque de développer des dépressions, des troubles d’anxiétés, des trouble paniques (crises d’angoisses), des troubles de comportements alimentaires (anorexie mentale, boulimie etc.), des comportements suicidaires et des troubles de stress post-traumatique (TSPT) [7]. Bien que ce dernier diagnostic fasse débat.

Dans son livre, Dr Van Der Kolk, défend que l’on diagnostique à tort les personnes victimes de maltraitance infantiles avec le trouble de stress post-traumatique. Selon lui, les symptômes du TSPT correspondent mieux aux personnes qui ont vécu une agression ou un accident. Ceux qui ont vécu des maltraitances durant leurs enfances ne vont pas avoir les mêmes symptômes. Ainsi, pour lui, il faudrait créer un nouveau diagnostic : « le trouble traumatique du développement ». Bien que cela puisse sembler anecdotique, se tromper de diagnostic sur une population entière a des conséquences désastreuses car on va constamment les rediriger vers des thérapies inadaptées et inefficaces. C’est un peu comme si l’on vous faisait une chimiothérapie pour votre diabète.

De l’esprit au corps

Pour comprendre l’ampleur du problème il faut commencer au niveau le plus petit possible, celui des neurones. En effet, plus d’une centaine d’étude a fait le lien entre les maltraitances infantiles et des différences au niveau de la structure cérébrale, son fonctionnement et l’architecture de son réseau neuronal [9]. Cependant, ces différences ne sont pas directement liées à des troubles psychologiques et peuvent être trouvées chez des cas qui font preuve de résilience. Pourtant, cette population est plus susceptible d’avoir des psychopathologies.

Deux hypothèses, qui ne sont pas mutuellement exclusives, essayent de donner une explication à ce phénomène [9]. La première hypothèse, très populaire en psychologie clinique, est la théorie « diathèse-stress » : une exposition prolongée au stress provoque des dégâts au cerveau qui rendent plus susceptible le développement de troubles psychologiques. La seconde hypothèse, se concentre sur la plasticité du cerveau. Les changements neuronaux consécutifs à des maltraitances infantiles seraient une forme d’adaptation cérébrale, pour faciliter la survie de l’individu face au monde qui parait en conséquence plus dangereux. Ainsi, ce que l’on interprèterait comme « trouble » est en fait une adaptation cognitive.

Ainsi, le cerveau d’une personne qui a vécu des maltraitances infantiles a un système de détection de menace beaucoup plus sensible et réactif, que la norme, face à des stimuli de danger [9]. Cette sensibilité rend le cerveau plus susceptible face à des stresseurs, ce qui augmente le risque d’anxiété, de dépression et joue un rôle dans le développement de trouble de stress post-traumatique. Malheureusement, les conséquences des maltraitances infantiles ne s’arrêtent pas aux troubles psychologiques.

Aux Etats-Unis, dans les années 80, Vincent Felitti crée un programme de lutte contre l’obésité et remarque que la majorité des patients ont été victimes d’abus sexuels pendant leur enfance [10]. Avec le centre de contrôle et de préventions des maladies (CDC), il a mené une large enquête pour déterminer si les expériences négatives de l’enfance (dont les maltraitances), nommées « ACE » avaient un effet sur d’autres problèmes de santés à l’âge adulte. Il a découvert que le nombre d’ACE vécus étaient associés avec le tabagisme, l’obésité, l’abus d’alcool et de drogues, les maladies cardiaques, le cancer, les maladies pulmonaires chroniques et une espérance de vie globalement plus courte [11]. On peut expliquer cette découverte par le fait que les individus ayant vécu des ACE aura subit plus de stress et y serait plus sensible, le stress jouant un facteur de risque important dans la plupart des maladies.

Ces découvertes font des maltraitances infantiles un problème de santé publique puisqu’elles ont un effet sur un large panel de maladies et représentent un coût conséquent et évitable pour la sécurité social. Une étude a estimé le cout économique total des maltraitances infantiles, aux Etats-Unis, à 2 milliards de dollars [12].

Des parents monstrueux ?

Seulement, rejeter la faute sur les parents seraient beaucoup trop simple et le problème est bien plus complexe que ça. Ce qui est dérangeant dans les maltraitances infantiles, c’est ce qu’elles disent de notre société.

Ainsi L’OMS, rappelle qu’une partie des facteurs est sociétal : manque de logements appropriés, de soutiens aux familles, taux de chômages élevés, pauvreté, inégalités de genres et sociales, des politiques qui aggravent les inégalités et la précarité etc. [13] Sans étonnement les maltraitances infantiles touchent avant tout les milieux les plus défavorisés qui sont dépassés par la précarité et écrasés par la situation économique [14].

Les maltraitances infantiles ne sont pas un phénomène isolé de la société et reflètent aussi la situation socio-économique du pays. Ainsi, plus un pays est inégalitaire (en termes de revenus), plus il y a de maltraitances infantiles [15]. Les travaux de Richard Wilkinson et Kate Pickett [16] sur les inégalités montrent qu’au plus un pays est inégalitaire, au plus le climat social sera tendu et violent. Ce qui peut expliquer les maltraitances infantiles. Ainsi derrière des parents « monstrueux », se trouvent avant tout des sociétés qui ne leurs donnent pas un environnement adéquat pour élever leurs enfants et qui n’arrivent pas à les aider.

Les maltraitances infantiles, un reflet de notre société

Avec cet article, je voulais mettre en avant ce phénomène dont on ne parle pas assez et qui est pourtant riche d’enseignements. Les maltraitances infantiles disent plus de notre société que ce que l’on aimerait croire. Certes les maltraitances sont des actes impardonnables au niveau de l’individu qui les subit et laisseront des traces à vie. Cependant, si l’on regarde le phénomène d’un point de vue plus systémique, une partie des maltraitances infantiles, est avant tout dû au fait que les parents sont dépassés par leurs situations. Il suffit de ne pas avoir de places en crèches, d’enchainer les temps partiels pour combler les fins de mois et de ne pas réussir à suivre économiquement pour que le stress s’accumule, et nous empêche de prendre soin de notre enfant dignement. Ce genre de situation arrive encore trop souvent pour les familles défavorisées. Il est fort probable qu’elles même souffrent de psychopathologies et ai eu meme subi des maltraitances, devenant un transfert générationnel de souffrance. Pourtant, des programmes existent pour les aider à reprendre en main la gestion de leur enfant de manière plus saine. Mais malheureusement, comme pour beaucoup d’autre problèmes de santé publique, ce sont seulement des changements structurels et systémiques qui aideront à résoudre le problème. Tant que l’on ne s’attaquera pas à la pauvreté et aux inégalités, ces problèmes persisteront et les maltraitances infantiles ne sont qu’un rappel que les inégalités provoquent des dégâts partout.

Bibliographie

[1] Le Monde. (2021, 18 janvier). #Metooinceste : après l’affaire Olivier Duhamel, des centaines de victimes témoignent sur Twitter. Le Monde.fr. https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/16/metooinceste-dans-le-sillage-de-l-affaire-duhamel-des-centaines-de-victimes-temoignent-sur-twitter_6066539_3224.html
[2] ONE. (s. d.). Questions-réponses – Office de la naissance et de l’enfance. one.be. https://www.one.be/professionnel/maltraitance/questions-reponses/
[3] ONE. (2020). Rapport d’activités 2020 (D/2021/74.80/52). https://www.one.be/fileadmin/user_upload/siteone/PRESENTATION/Rapports_d_activite/rapport-activites-2020-chiffres.pdf
[4] Harris Interactive & l’enfant bleu. (2017, 16 novembre). La maltraitance des enfants. harris-interactive.fr. https://harris-interactive.fr/opinion_polls/la-maltraitance-des-enfants-2/
[5] Bretherton, I. (1992). The origins of attachment theory : John Bowlby and Mary Ainsworth. Developmental Psychology, 28(5), 759‑775. https://doi.org/10.1037/0012-1649.28.5.759
[6] der Kolk, V. B., MD. (2015). The Body Keeps the Score : Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma (Reprint éd.). Penguin Publishing Group.
[7] Norman, R. E., Byambaa, M., De, R., Butchart, A., Scott, J., & Vos, T. (2012). The Long-Term Health Consequences of Child Physical Abuse, Emotional Abuse, and Neglect : A Systematic Review and Meta-Analysis. PLoS Medicine, 9(11), e1001349. https://doi.org/10.1371/journal.pmed.1001349
[8] Spitoni, G. F., Zingaretti, P., Giovanardi, G., Antonucci, G., Galati, G., Lingiardi, V., Cruciani, G., Titone, G., & Boccia, M. (2020). Disorganized Attachment pattern affects the perception of Affective Touch. Scientific Reports, 10(1). https://doi.org/10.1038/s41598-020-66606-5
[9] Teicher, M. H., Samson, J. A., Anderson, C. M., & Ohashi, K. (2016). The effects of childhood maltreatment on brain structure, function and connectivity. Nature Reviews Neuroscience, 17(10), 652‑666. https://doi.org/10.1038/nrn.2016.111
[10] Wikipedia contributors. (2021b, décembre 25). Étude ACE (Adverse Childhood Experiences). wikipedia. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tude_ACE_(Adverse_Childhood_Experiences)
[11] Felitti, V. J., Anda, R. F., Nordenberg, D., Williamson, D. F., Spitz, A. M., Edwards, V., Koss, M. P., & Marks, J. S. (1998). Relationship of Childhood Abuse and Household Dysfunction to Many of the Leading Causes of Death in Adults. American Journal of Preventive Medicine, 14(4), 245‑258. https://doi.org/10.1016/s0749-3797(98)00017-8
[12] Peterson, C., Florence, C., & Klevens, J. (2018). The economic burden of child maltreatment in the United States, 2015. Child Abuse & ; Neglect, 86, 178‑183. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2018.09.018
[13] OMS. (2020, 8 juin). Maltraitance des enfants. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/child-maltreatment
[14] Hunter, A. A., & Flores, G. (2020). Social determinants of health and child maltreatment : a systematic review. Pediatric Research, 89(2), 269‑274. https://doi.org/10.1038/s41390-020-01175-x
[15] Roger Segelken, H. (2014, 14 février). Child abuse and neglect rise with income inequality. Cornell Chronicle. https://news.cornell.edu/stories/2014/02/child-abuse-and-neglect-rise-income-inequality

deuxième article

dflkif

Du bruit autour de la pac

  • Bulletin :

Ce vendredi 23 octobre, dans l’ignorance et l’indifférence générale, un vote de la plus haute importance se déroulera au Parlement Européen. En effet, tous les 7 ans, les eurodéputé·e·s sont amené·e·s à se prononcer sur une réforme de la PAC, la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne.
La nouvelle proposition de réforme, qui sera discutée de mardi à vendredi au Parlement Européen, semble répondre en premier lieu aux intérêts des grands industriels. Dans un contexte de Green New Deal et de promesses ambitieuses de la part de la Commission Européenne, c’est par là un pilier majeur de la transition écologique au niveau Européen qui sera figé dans le marbre.
Que faire à notre échelle?
Greenpeace a lancé hier matin une pétition à signer d’ici mercredi pour une vraie réforme de la PAC. Signez-là !
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